L'Office québécois de la langue française consacre une fiche entière à la différence entre savoir et connaître, et la résume en une ligne : on connaît quelqu'un ou quelque chose, on sait quelque chose. Les anglophones n'ont qu'un verbe, « to know », pour les deux emplois, si bien que le choix leur paraît d'abord arbitraire. Il ne l'est pas. Les deux verbes se partagent le terrain selon une frontière assez nette, une fois qu'on l'a repérée.
Bonne nouvelle : la grammaire fait l'essentiel du travail. Il suffit de regarder ce qui suit le verbe, et dans la plupart des phrases le choix est déjà fait.
Quelle est la différence de fond entre savoir et connaître ?
Savoir, c'est connaître un fait ou savoir faire quelque chose ; connaître, c'est être familier de quelqu'un ou de quelque chose. L'OQLF décrit connaître comme le fait d'avoir connaissance de l'existence d'une chose et de l'identifier, et savoir comme une connaissance plus approfondie, issue d'un apprentissage.
Pour un anglophone, la correspondance ressemble à ceci :
- savoir couvre « to know that », « to know how », « to know where, when, why »
- connaître couvre « to be acquainted with », « to be familiar with »
L'étymologie aide aussi : savoir vient du latin sapere (d'où « sapient » en anglais), connaître de cognoscere (d'où « cognition » et « recognise »).
Quand employer savoir ?
On emploie savoir devant un infinitif, devant une proposition introduite par que, si, où, quand, comment ou pourquoi, et pour une information que l'on a en tête. Si un verbe ou une proposition suit, c'est presque toujours savoir.
Devant un infinitif, savoir exprime une compétence acquise :
- Je sais nager.
- Elle sait parler trois langues.
- Tu sais conduire une voiture manuelle ?
Devant une proposition :
- Je sais qu'il travaille à Lyon.
- Tu sais où est la gare ?
- Je ne sais pas si elle vient.
- On ne sait jamais.
Et pour des faits ou ce que l'on connaît par cœur :
- Il sait son texte par cœur.
- Vous savez la date de la réunion ?
Attention au piège de l'anglais : « I can swim » se dit je sais nager, et non je peux nager. Pouvoir parle d'une possibilité ou d'une autorisation dans l'instant, savoir d'une compétence apprise.
Quand employer connaître ?
On emploie connaître pour les personnes, les lieux, les œuvres et tout ce que l'on connaît par contact ou par expérience, toujours suivi directement d'un nom. Connaître ne se construit jamais avec un infinitif ni avec une proposition en que.
- Je connais bien Marseille.
- Tu connais mon collègue Thomas ?
- Vous connaissez ce restaurant ?
- Je connais ce livre, mais je ne l'ai pas lu.
- Elle connaît le droit du travail.
Connaître s'étend aussi aux expériences vécues, ce qui surprend souvent les apprenants : il a connu la guerre, ce film a connu un grand succès. L'idée reste toujours un contact avec la chose, pas une information sur elle.
Savoir et connaître côte à côte
| savoir | connaître | |
|---|---|---|
| Suivi de | un infinitif, ou que / si / où / comment... | un nom, directement |
| Domaine | faits, informations, savoir-faire | personnes, lieux, œuvres, domaines, expériences |
| Exemple type | Je sais qu'elle est là. | Je connais sa sœur. |
| Compétence ou familiarité | Je sais cuisiner. | Je connais la cuisine thaïe. |
| Erreur fréquente |
Il existe une petite zone grise. Avec des noms qui désignent une information, comme la réponse, la vérité, son adresse ou le chemin, les deux verbes sont admis, et l'OQLF note que, dans certains contextes, les deux conviennent. Je connais la réponse et je sais la réponse sont tous deux corrects. En cas de doute devant un nom, connaître est le choix le plus sûr.
Comment savoir et connaître changent-ils de sens au passé ?
Au passé composé, les deux verbes glissent de sens : j'ai su signifie souvent « j'ai appris », et j'ai connu signifie souvent « j'ai rencontré » ou « j'ai vécu ». Pour le simple état de savoir dans le passé, on emploie l'imparfait.
- Je savais qu'il était malade. Un état qui dure.
- J'ai su qu'il était malade la semaine dernière. Un moment précis.
- Je connaissais bien Lyon à l'époque.
- J'ai connu ma femme à Bordeaux.
C'est la logique générale de l'imparfait et du passé composé : l'imparfait décrit un état en arrière-plan, le passé composé marque le moment où quelque chose a changé.
Pourquoi les apprenants continuent-ils à les confondre à l'oral ?
Parce que la règle est simple sur le papier, mais qu'à l'oral il faut choisir en une demi-seconde. Les deux erreurs qui résistent le plus longtemps sont je connais devant un infinitif et je sais devant une personne ou une ville, et toutes deux viennent d'une traduction mot à mot de « I know ». Le remède, c'est la répétition dans de vrais échanges, jusqu'à ce que tu connais… ? et tu sais si… ? sortent sans hésitation. Yann Darmon, professeur de français certifié, travaille précisément ce genre de réflexe en cours, et un cours d'essai gratuit sur frenchwithyann.com permet de vérifier si savoir et connaître sont enfin bien installés.
Questions fréquentes
Peut-on employer savoir avec une personne ?
Pas dans le français courant. On connaît une personne : « je connais ton frère ». Savoir ne s'approche d'une personne qu'à travers une proposition, par exemple « je sais qui est ton frère ».
Faut-il dire je sais la réponse ou je connais la réponse ?
Les deux sont corrects. Avec quelques noms qui désignent une information, comme la réponse, la vérité ou la date, le français accepte les deux verbes. Savoir penche un peu vers ce qu'on a appris et qu'on peut restituer, connaître vers le simple fait d'en avoir connaissance.
Que veut dire j'ai su au passé composé ?
Au passé composé, savoir signifie le plus souvent « apprendre » ou « être mis au courant » : « j'ai su la nouvelle hier ». Pour l'état de savoir quelque chose dans le passé, on emploie l'imparfait : « je savais ».